Points importants

  • Pour réussir son développement, il faut obtenir des capitaux, connaître son marché et, surtout, s’entourer des bons talents
  • Les entreprises en démarrage canadiennes doivent adopter une perspective mondiale dès le départ
  • Le véritable succès repose sur la capacité à tirer les leçons de ses échecs et à les accepter

Selon un rapport récent du Globe and Mail, le Canada compte actuellement plus de 77 entreprises privées de technologie générant plus de 100 millions de dollars US de revenus annuels, un succès principalement attribuable à leur intégration efficace des technologies de l’IA.

Le 1er avril 2026, les fondateurs de certaines des entreprises les plus prospères et les plus novatrices du Canada se sont réunis au Globe and Mail Centre, dans le centre-ville de Toronto, pour faire le point sur l’état actuel de l’écosystème technologique et sur ce que les entreprises doivent faire pour intégrer ce prestigieux « club des 100 M$ ».

Pour clore l’événement, Sid Paquette, chef de RBCx, a participé à une table ronde aux côtés de Mark Noonan, vice-président et représentant de la Direction du programme Technologie Fast 50 du Canada (Deloitte Canada), et de Grace Lee Reynolds, cheffe de la direction du District de la découverte MaRS.

Forts de leur vaste expérience auprès des entreprises en démarrage canadiennes, ils ont tous les trois pu constater comment certaines entreprises s’essoufflent tandis que d’autres connaissent un succès retentissant.

Alors, dans quelle mesure le Canada soutient-il actuellement les entreprises à atteindre cette envergure ? Et comment le secteur peut-il créer et maintenir l’élan nécessaire pour continuer à produire des entreprises générant 100 millions de dollars ?

Une question de talents

Mme Reynolds estime qu’il existe trois éléments essentiels pour qu’une entreprise parvienne à se développer avec succès : obtenir les capitaux nécessaires pour passer au niveau supérieur, trouver de vrais clients lors de la mise sur le marché de son produit et – ce qui est peut-être le plus important – s’entourer des bons talents.

Le Canada ne manque certainement pas de talents ni d’expertise. Mais cela suffit-il à faire prospérer notre écosystème technologique ?

« Le Canada regorge de talents », souligne Mme Reynolds, « mais il s’agit de trouver ceux qui ont déjà l’expérience nécessaire pour développer une entreprise. C’est ce qui nous manque. »

M. Paquette partage cet avis, soulignant qu’il y a un décalage fondamental entre la reconnaissance des compétences disponibles ici au Canada et les réalités d’un marché mondial concurrentiel.

« Nous accomplissons de très bonnes choses, mais nous devons absolument combler certaines lacunes. Ne nous comparez pas à la Silicon Valley. Nous n’avons pas cette envergure. Disposons-nous de tous les talents dont nous avons besoin au Canada ? Non. Nous devons donc faire preuve d’une grande ingéniosité pour contourner ce problème. »

Dans le cadre de son travail avec Technologie Fast 50 de Deloitte, M. Noonan a vu de nombreuses entreprises prometteuses ne pas parvenir à tenir leur promesse initiale. Selon lui, le problème ne vient pas d’un manque d’enthousiasme dans le secteur, ni même d’un manque de financement ; il vient plutôt de la difficulté à établir une stratégie efficace à long terme. Dans l’ensemble, il demeure optimiste à l’égard du contexte actuel, tout en reconnaissant les obstacles qui nous attendent.

« Cette année, le taux de croissance des 50 principales entreprises de technologie est le plus élevé enregistré au cours des 21 dernières années, depuis la création du notre programme », mentionne-t-il. « Beaucoup d’entreprises connaissent donc une croissance significative à ce stade. »

Le capital ne fait pas tout

L’obtention de fonds de roulement constitue une étape essentielle dans l’évolution de toute entreprise. Ces dernières années, on a toutefois constaté un net recul des investissements nationaux : selon un rapport de RBCx, 2025 a été, à bien des égards, la pire année de l’histoire récente du Canada en matière de levée de fonds de capital-risque, les investissements se concentrant de manière disproportionnée sur un petit nombre de fonds seulement.

M. Paquette admet que cette dure réalité est indéniable. Mais l’accès au capital, dit-il, ne représente qu’une partie de l’équation.

« Avons-nous un problème de capital au Canada ? Oui. Nos capitaux de démarrage sont-ils comparables, en taille, à ceux des États-Unis ? Loin de là. Avons-nous des investisseurs nationaux qui investissent massivement dans les entreprises en phase de croissance ? Non. Mais les meilleures entreprises trouveront toujours des capitaux. Ce n’est pas parce qu’on donne plus de capital à quelqu’un que sa réussite est garantie. »

Selon lui, il est avant tout nécessaire d’apporter aux entreprises le soutien dont elles ont besoin pour assurer leur pérennité. Dans ce domaine, le Canada fait trop souvent défaut.

« Du point de vue des capitaux nationaux, si l’on examine les 20 entreprises en phase de croissance les plus importantes au pays, leur tableau de structure du capital et les acteurs qui ont mené leurs opérations, en se concentrant sur les phases de démarrage et intermédiaires, on constate que 70 % de ces opérations sont menées par des investisseurs canadiens.

Mais les meilleures entreprises trouveront toujours des capitaux. Ce n’est pas parce qu’on donne plus de capital à quelqu’un que sa réussite est garantie.

Mais lorsque l’on examine leurs opérations à un stade plus avancé, ce chiffre tombe à 20 %. Elles n’ont donc pas de mal à obtenir des capitaux. Il n’y a tout simplement pas de capitaux nationaux. Et c’est un problème pour nous. »

Comme le souligne M. Paquette, notre écosystème se distingue de celui des États-Unis principalement en raison du niveau élevé d’investissement public, notamment par le biais des incitations fiscales de recherche scientifique et de développement expérimental. En tant que contribuables, nous avons indirectement financé pratiquement toutes les entreprises de technologie du pays, souvent lors des phases les plus risquées.

« Et ensuite, que se passe-t-il ? Ces entreprises réalisent des choses incroyables, puis on les perd de vue. »

Alors, comment pouvons-nous former la prochaine génération de gestionnaires de fonds et d’entrepreneurs, afin d’aider les entreprises à maintenir le type de croissance qui permet d’atteindre une valorisation de 100 millions de dollars ?

« Nous devons considérablement améliorer notre système de soutien », affirme M. Paquette. « Cela va bien au-delà de la connectivité. Il ne s’agit pas seulement d’organiser davantage d’événements de réseautage ; nous devons agir de manière concertée et déterminée. Prenons les meilleurs talents de notre pays – et nous en avons beaucoup – et formons-les. Consacrons-y le temps et les efforts nécessaires.

C’est une perspective à plus long terme, mais si l’on projette dans cinq ou dix ans, l’écosystème dans lequel nous vivrons pourrait être très différent. »

Rester au pays ou mettre le cap vers le sud

Les tendances récentes indiquent que l’écosystème technologique canadien est confronté à d’importants défis existentiels. Une étude menée par le Leaders Fund de Toronto a révélé que, depuis 2020, le Canada produit de moins en moins d’entreprises en démarrage à fort potentiel, et que seulement 32,4 % des entreprises en démarrage dirigées par des Canadiens choisissent désormais d’établir leur siège social au Canada, une baisse spectaculaire par rapport aux plus de 67 % enregistrés entre 2015 et 2019. En 2024, près de la moitié des fondateurs d’entreprise canadiens ayant levé plus d’un million de dollars étaient basés aux États-Unis, et les fondateurs canadiens en quête de financement aux États-Unis y ont levé près de deux fois plus de capitaux qu’au Canada.

Cette tendance s’explique en grande partie par les effets persistants de la COVID, dont le marché ne s’est pas encore pleinement remis. Pourtant, pour les entreprises émergentes, l’attrait de la Silicon Valley et du Kendall Square est bien réel.

Toutefois, Mme Reynolds fait remarquer que, si les entreprises en quête de financement de démarrage peuvent trouver des occasions intéressantes aux États-Unis, les entreprises canadiennes possèdent également des caractéristiques qui les rendent attrayantes aux yeux des investisseurs.

Les développements récents viennent étayer ce constat : l’année 2025 a marqué un tournant, les investissements directs étrangers au Canada ayant atteint près de 100 milliards de dollars, un niveau jamais vu depuis 2015 et la première fois en une décennie que les entrées ont dépassé les sorties. Certains affirment qu’il faut se doter d’un nouveau cadre de formation de capital pour les investissements à grande échelle.

Mme Reynolds souligne que si les nouvelles entreprises peuvent trouver de nombreux avantages à s’implanter ici, au Canada, elles ont également tout à gagner à voir au-delà des frontières.

« Les investisseurs américains sont parfaitement conscients du talent et des capacités dont nous disposons. Ces atouts reposent en grande partie sur des secteurs spécifiques dans lesquels le Canada excelle, comme l’intelligence artificielle et ses applications dans les domaines de la santé et des technologiques propres.

En tant qu’écosystème, il est important que nous continuions à nous mobiliser et que nous adoptions une approche plus large et globale pour inciter ces entreprises en phase de démarrage à rester ici. Le statut de société privée sous contrôle canadien présente des avantages – certains outils fiscaux, par exemple. Cela n’est cependant pas suffisant.

C’est formidable de disposer de capitaux, mais on ne peut pas croître sans générer des ventes et des revenus. Comment créer cette occasion dès le départ ? Dès leur création, nous expliquons aux entreprises qu’elles ne peuvent pas se développer uniquement sur le marché canadien. Il faut adopter une perspective mondiale dès le départ. »

Pour M. Noonan, au-delà des grandes tendances du secteur, une croissance efficace repose toujours sur des pratiques fondamentales.

« Comme on dit, il faut cesser de travailler dans l’entreprise et commencer à travailler sur l’entreprise. Nos fondateurs sont très débrouillards. Ils apprennent à en faire plus avec moins, car nous avons moins d’argent. Ils discutent avec les clients et peaufinent leur produit et leur offre à maintes reprises afin de susciter l’intérêt et de générer des revenus.

Il faut professionnaliser la mise en marché, tout en apprenant à faire preuve d’une réelle discipline et en comprenant clairement où l’on investit. Qu’apporte chaque dollar investi en marketing ? Combien coûte l’acquisition d’un client ? Quel est votre taux de fidélisation ? Et comment le développer de manière reproductible, avec le financement dont vous disposez ? »

Échouer pour mieux réussir

Selon M. Paquette, l’une des caractéristiques sous-jacentes du secteur canadien de la technologie est la peur de l’échec. Les événements et les remises de prix s’attachent à promouvoir les entreprises qui réalisent de grandes choses, mais ils négligent souvent la réalité de ce qu’il a fallu pour y parvenir.

« La réussite ne repose pas sur la réussite ; elle repose sur l’échec. Mais il faut savoir en quoi consiste cet échec pour ne pas répéter ses erreurs.

Nous pouvons apprendre de ceux qui sont passés par là, qui ont traversé ces épreuves et qui ont persévéré. Nous ne connaissons pas ces histoires et nous ne les mettons pas assez à l’honneur en tant que secteur, ce qui signifie que nous n’en tirons pas les leçons. »

Cette réticence à envisager l’échec comme partie intégrante d’un processus d’apprentissage, dit-il, se manifeste dans les salles des conseils d’administration, à travers les décisions d’embauche et l’innovation produit, ainsi que dans la psychologie des fondateurs. Cet état d’esprit aurait dû changer depuis longtemps, ajoute-t-il.

« Nous devons porter l’échec comme un insigne d’honneur. Personnellement, j’ai échoué bien plus souvent que je n’ai réussi. C’est grâce à cela que j’apprends.

Nous avons des personnes extraordinaires dans ce pays. Alors, apprenons les uns des autres. »

Des événements comme le « Canada’s Technology $100 Million Club » ont justement pour objectif de rassembler les esprits les plus brillants et les plus innovants de l’écosystème technologique canadien, afin de partager des perspectives essentielles et d’identifier les défis communs du secteur, tout en bâtissant un avenir dans lequel encore plus d’entreprises pourront prospérer.

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